Témoignage sur la schizophrénie
Suite au documentaire sur la schizophrénie qui a eu lieu à Briec le mercredi 27 mars voilà un témoignage de Yoann de Rennes. Il est riche en arguments et permet de mieux comprendre cette maladie. Le texte est un peu long mais si vous prenez le temps de le lire vous apprendrez beaucoup que de vivre avec la schizophrénie.

Cécile Philippin est la réalisatrice du film « les voix de ma sœur », tourné en collaboration avec sa sœur Irène, sa famille et les différents acteurs médicaux-sociaux qui interviennent auprès d’elle. Irène souffre d’une maladie relativement commune bien que méconnue, la schizophrénie. Le film prend la forme d‘un témoignage à plusieurs voix qui lève un peu du mystère et de l’incompréhension qui accompagnent les représentations que l’on se fait souvent de cette maladie, contribuant à lutter contre la peur et la stigmatisation qui y sont associé.
Invitée par l’association Convergence Bretagne à présenter le film dans le cadre de la Semaine d’Information sur la Santé Mentale, Cécile Philippin est partie à la rencontre des divers acteurs du monde médico-social Breton, à Rennes, Fougères, Châteaulin, Briec et St-Malo. Ce fut autant d’occasions de débattre et d’échanger, de décloisonner des mondes qui gagnent à se rencontrer tel qu’est d’ailleurs l’objectif de la Semaine d’information sur la Santé mentale et de Convergence Bretagne.
Cécile va au contact des gens de manière simple, chaleureuse et ouverte. Elle n’est pas porte-parole de tel courant, ni partisane de telles pratiques mais assume de poser une question sans réponse ni recette miracle. Elle apporte un témoignage, afin de permettre un autre regard dans le discours public. Ce qui lui tiens à cœur et qui est d’ailleurs le maître-mot de la lettre d’Irène qu’elle lit à son auditoire : « il faut apprendre à dialoguer, à donner une place à la parole et à l’écoute ». Irène lance un appel à l’alliance thérapeutique, à la relation de confiance entre patients, proches et soignants. Comme elle le souligne elle-même, un parent, une mère n’est pas un soignant, il est important que chacun ait une place et que la confiance règne, que chaque acteur soit un soutien pour un autre.
Une motivation qui a donné naissance à ce film, « écouter la parole des usagers », mais écoute véritable : prise en considération, regard, dialogue mais surtout compassion et amour. Il s’agit aussi d’offrir au grand public la possibilité de se nourrir d’une autre parole que celle des professionnels qui parlent dans les médias et surtout de donner le change face aux préjugés, au voyeurisme et à la culture de la peur qui règne parfois dans les discours publics. Il fallait donc un film de l’intérieur, de l’intime, pour rendre compte de la perte de repères d’une personne, de la perte de la maîtrise en pensées et comportements que peut entraîner la maladie mentale. Il fallait le ton de la confidence pour laisser la parole à la personne plus qu’à sa pathologie à laquelle elle ne saurait être réduite. Il s’agissait aussi d’aller pas à pas rencontrer les différents acteurs, parler à bâtons rompus jusqu’à la confidence, pousser les gens à se confier, ce qui leur a fait du bien.
Le film d’Irène et Cécile est porteur de messages autant pour les familles de malades : « débarrassez-vous de la culpabilité et de la peur, ne restez pas isolés » que pour les soignants : « prenez en considération la détresse des familles, prêtez une réelle attention à la parole des usagers ». Mais le film est avant tout destiné aux usagers pour qui la prise de parole est difficile, Irène la prenant veut encourager d’autres à le faire, à prendre leur vie en main. Il s’agit aussi de revendiquer une part de liberté et de dignité, de refuser l’infantilisation pour rester dignes et adultes. Irène incite aussi les patients à refuser le déni pour apprendre à demander de l’aide si besoin. Pour un jeune en début de maladie, le film est porteur d’espoir, Irène est la preuve vivante que l’on peut vivre avec, continuer à se former et à être autonome, et aussi vivre des moments de joie et de bonheur. Selon Irène, il faut aussi et c’est primordial « garder le lien avec sa famille », « essayer d’avoir un rôle, une activité sociale, avec les Groupes d’Entraide Mutuelles et le bénévolat ». Elle insiste aussi sur la confiance, confiance aux soignants et en soi-même, tout en mettant en garde contre les dangers des délires mystiques. Mais un des maîtres-mots est la question de l’écoute, il s’agit de « prêter une oreille qui est toujours bonne à prendre et d’écouter avec empathie », car Irène n’est pas seulement aidée mais aidante et attentive aux autres. Lors d’un débat, Cécile est interpelée par une personne qui trouve «Irène lumineuse et pleine de joie de vivre» et qui pense que « cela n’est pas souvent le cas des personnes présentant des troubles psychiques », acquiesçant, elle corrige néanmoins sur le fait qu’en fréquentant les Groupes d’Entraide mutuelle elle a rencontré beaucoup de joie de vivre et croisé beaucoup de lumière.
Ce film est celui d‘ une sœur qui a failli perdre sa sœur, qui parcours la France pour lui prêter sa voix, pour délivrer un poignant message d’espoir, pour dire que la maladie chronique ne se résume pas aux crises, à leur violence et à la douleur, qui est souvent ce que le grand public voit, mais pour raconter tout ce qui va autour, la vie sociale, les peines et les joies, bref, la vie.
Faire ce film a été une année de vie, un processus actif marqué par la rencontre, où les gens ont appris à vivre et à faire des choses ensemble, des gens qui ne sont pas forcément d’accord, où confronter les sincérités de chacun permet de donner de la lisibilité aux différents enjeux. Ainsi il s’agit non pas de faire triompher un point de vue mais d’instaurer un dialogue, ce qui est déjà une victoire en soi.
Yoann Guérin, volontaire en mission de service civique, ayant accompagné Cécile Philippin dans les différentes projections-débat Bretonnes.